Eglise française réformée de Bâle

Dieu naît dans l'obscurité de notre monde

Dans la tradition orthodoxe, l’icône n’a pas pour fonction d’illustrer de ma-nière anecdotique des scènes de l’évangile, mais plus profondément de ré-véler par l’image le sens spirituel d’une fête chrétienne. En contemplant et en méditant l’icône de la Nativité, nous entrons donc dans le mystère de Noël, le mystère de l’Incarnation.
Comme le chante un hymne de la liturgie orthodoxe : « La Vierge au-jourd’hui met au monde l’Eternel et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges et les bergers le louent et les mages avec l’étoile s’avancent, car tu es né pour nous petit enfant, Dieu éternel ! ». Le Dieu éternel et tout-puissant naît en notre monde sous forme d’un petit enfant démuni, voilà le grand mystère !

Au bas de l’icône, nous sommes « à ras de terre », dans le côté très humain de cette naissance : à droite, il y a les sage-femmes qui lavent le nouveau-né, geste exécuté lors de toutes les naissances. Ce geste de la vie quotidienne nous indique que Jésus est vraiment pleinement homme, qu’il revêt notre humanité « banale », « triviale » même. A gauche, nous voyons Joseph, très perplexe, et même plein de doutes quant à cette naissance, tenté par un démon déguisé en berger. Il représente les doutes de l’humanité, et donc les nôtres, au sujet de l’Incarnation divine. Le Très-Haut qui devient le très-bas ; le Tout-Puissant qui se fait tout-fragile dans l’enfant Jésus, voilà ce que nous n’arrivons jamais à comprendre vraiment.

Au centre de l’icône se trouve la Vierge Marie, au corps disproportionné ; elle regarde avec compassion Joseph qui est dans le doute, et à travers lui, l’humanité entière qui se trouve dans les ténèbres de l’ignorance. Après l’humanité qui doute, nous trouvons l’humanité qui croit et s’ouvre au mys-tère : d’un côté, les mages, qui apportent leurs offrandes, en suivant l’étoile (cette dernière est au centre de l’icône, avec trois rayons, symbole de la Trinité). Ces mages, ce sont les savants païens qui ont besoin de longues recherches pour arriver jusqu’à l’Enfant Dieu. De l’autre côté, il y a un ber-ger, homme pauvre et inculte. D’un côté donc, les riches et les intellectuels, de l’autre les pauvres et les illettrés : tous se retrouvent pour adorer le Fils de Dieu.
Tout converge enfin vers la grotte où est couché l’enfant Jésus entouré du bœuf et de l’âne. Cette grotte est sombre, c’est un grand trou noir ; Jésus, lui est en blanc. Est ainsi représenté le fort contraste de cette naissance lumineuse sur fond de ténèbres : la terre s’est ouverte pour accueillir le Sauveur, mais elle est encore marquée par l’ombre du péché et de la mort. L’icône de la Nativité, de manière très profonde, nous renvoie à Pâques : les langes qui enveloppent l’enfant sont comme des bandelettes d’un linceul et la crèche ressemble à un tombeau. Celui qui naît au cœur des ténèbres de notre monde est celui qui vaincra la mort lors de sa Résurrection victorieuse.

Contempler l’icône, c’est ainsi contempler l’œuvre de salut que Dieu effec-tue pour nous, en nous donnant son Fils, comme l’écrit Michel Evdokimov, théologien orthodoxe : « La vérité de l’icône de la Nativité, au-delà de son aspect anecdotique, est de rendre présente à travers l’œil charnel une vi-sion spirituelle, tout le grand mystère du Dieu Tout-Puissant qui a déchiré les cieux pour naître humblement parmi les hommes. Pour naître même dans un trou noir, au centre de l’icône, symbole de la mort et de l’enfer des hommes, pour apporter une lumière d’espérance au creux même de la grande désespérance humaine ».
La naissance du Christ dans une grotte vient des évangiles apocryphes. Mais le symbole est très parlant. Contemplez cette icône et contemplez l’interprétation moderne de la nativité en première page : il y a ce même cercle obscur. Oui, Dieu choisit de naître au cœur de l’obscurité de notre monde, dans les zones obscures de notre société, dans les grottes de nos cœurs et de nos âmes. C’est là que nous avons à le chercher. Et nous pou-vons alors vivre cette promesse du Psaume 138 : « Quand je vais jusqu’au cœur de l’angoisse, tu me fais vivre »

Michel Cornuz 


Autor
Céline Hauck

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Bereitgestellt: 21.11.2022