Eglise française réformée de Bâle

Spiritualité

Le trésor des psaumes ..

Pourquoi prier encore aujourd'hui les psaumes?
Ces prières vieilles de 3000 ans peuvent-elles trouver une résonance en nous ?
Peuvent-elles rejoindre nos préoccupations quotidiennes, nos joies, nos peines , nos angoisses d'hommes et de femmes de la fin du vingtième siècle?
Ne devrions-nous pas renouveler nos mots, actualiser notre prière?

Autant de questions qui peuvent venir à l'esprit lorsque nous essayons de lire, de méditer et de prier certains psaumes. Comment nous retrouver dans ce foisonnement ? Comment faire nôtre ces imprécations contre les ennemis, ces appels au secours tourmentés, ces louanges pour l'action de Dieu dans le monde?

Et pourtant, depuis des siècles, les psaumes sont priés par des personnes qui vivent des situations très différentes, mais qui se reconnaissent dans les paroles du psalmiste : Prières liturgiques du peuple juif au Temple de Jérusalem, prières des exilés à Babylone , prières des déportés dans les camps de la mort ...En priant les psaumes, nous entrons dans la longue histoire du peuple de Dieu, avec ses expériences de persécution et de doutes, mais aussi son témoignage de salut et d'espérance.

Prières aussi de Jésus Christ tout au long de sa vie et plus particulièrement dans sa passion . Sur la croix, abandonné des hommes et de Dieu, Jésus prie les psaumes : "Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?" exprime pathétiquement le dernier cri de l'homme qui se sent seul dans sa souffrance et ne reçoit aucun secours, ni soutien..."Père, entre tes mains, je remets mon esprit" dit l'apaisement et la confiance retrouvée lors du dernier souffle...

Prières de l'Eglise Chrétienne en orient et en occident, des moines dans leurs cellules, des chrétiens persécutés pour leur foi, des croyants aux quatre coins du monde.

Prier les psaumes, c'est d'abord entrer dans cette vaste communion qui traverse les âges et les continents . Il y a sûrement des mots difficiles à dire, des situations du psalmiste qui nous semblent extrêmes et que nous ne vivons pas...La prière des psaumes est parfois à l'étroit dans notre coeur, mais elle est là pour l'élargir. L'exégète Paul Beauchamp dit dans un très beau livre sur les psaumes : "Si nous acceptons la manière de prier des psaumes, le cri des hommes opprimés et menacés vient envahir notre espace à nous, occuper notre prière et peut-être, fondre nos ennuis dans leur malheur. Prier et dire Je à la place des plus éprouvés, c'est aussi être appelé vers eux et cet appel a des conséquences concrètes dans notre vie".

Et peu à peu, en poursuivant dans notre prière, nous pourrons aussi découvrir que ces mots ne sont pas si éloignés des réalités de nos vies , que les sentiments du psalmiste peuvent rejoindre ce que nous ressentons, mais que nous n'arrivons pas toujours à nommer, ou que, par pudeur, nous n'osons pas exprimer devant Dieu :

que ce soient la quête et la soif de Dieu : "Dieu, tu es mon Dieu,je te cherche, j'ai soif de toi. Tout mon être soupire après toi, comme une terre aride, desséchée, sans eau" (ps.63)

la culpabilité et la demande de pardon : "Jusqu'à toi vient toute chair avec ses oeuvres de péché; nos fautes sont plus fortes que nous, mais toi tu les effaces".(ps.65)

l'appel désespéré : "Seigneur jusqu'à quand persisteras-tu à m'oublier ? Jusqu'à quand devrai-je me faire du souci et me ronger de chagrin tout le jour? Seigneur mon Dieu, réponds-moi; rends-moi un peu de force" (ps.13)

mais aussi l'abandon et la confiance : "C'est en Dieu seul qu'il me faut chercher la tranquillité, car c'est lui qui me donne espoir" (ps.62) ou l'émerveillement devant les splendeurs de la création : "Quelle profusion dans tes oeuvres Seigneur! Tout cela , ta sagesse l'a fait; la terre s'emplit de tes biens"(ps.104)

Et l'on pourrait multiplier les exemples ...A chaque fois, on passe du rire aux larmes, des appels pathétiques aux exultations de joie...Contradictions? Mais n'est-ce pas plutôt la vie qui est remplie de contradictions et n'est-ce pas la profonde humanité de la prière des psaumes que de nous frayer un chemin d'espérance et de louange au plein coeur des dures réalités de notre monde ? Et de nous aider alors à mieux prier...et surtout à mieux vivre !



Michel Cornuz
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Psaume 142
J’appelle à grands cris le Seigneur, j’implore à grands cris le Seigneur.

Je lui expose ma plainte, je lui fais part de ma détresse.

Quand je perds courage, toi, tu sais oû je vais. Sur la route oû j’avance, on m’a tendu un piège.

Regarde à mes côtés, et constate-le: personne ne prend garde à moi; je n’ai plus aucun lieu oû me réfugier, personne ne se soucie de moi.

Je fais appel à toi, Seigneur; je te dis: C’est toi qui es mon abri, mon bien le plus personnel sur cette terre oû nous vivons.

Sois attentif à ma plainte, car me voilà bien bas. Sauve-moi de mes persécuteurs, ils sont trop forts pour moi.

Fais-moi sortir de ma prison, pour que je puisse te louer au milieu du cercle des fidèles, quand tu m’auras fait du bien.
Une version moderne du "Notre Père"
Notre père

Proche de nous et vraiment différent

Que ta présence parmi nous soit reconnue

Que ta puissance de renouveau se réalise

Que ta force de libération imprègne notre terre

Donne-nous aujourd’hui de quoi nourrir notre goût de vivre

Communique-nous ton pardon au cœur de nos efforts de réconciliation

Ne nous laisse pas nous fermer dans l’épreuve

Mais libère-nous de la fascination du mal

A toi la liberté authentique

A toi les pouvoirs de l’amour

A toi la glorieuse beauté de toute vie

Oui, que nous tenions pour toujours à ce que dit notre prière


Gestes barrière, confinement, distanciation sociale, masques, quarantaine…
Une méditation de Madame Lélia Martinescu, membre de notre consistoire où elle est responsable de la formation. En plus de son travail, elle effectue des études de théologie par distance. Elle nous livre ici une méditation sur l'amour du prochain et la relation à l'autre dans les temps actuels.




Le Covid-19 bouleverse nos habitudes et nous atteint dans nos gestes sociaux, et dans notre convention relationnelle à l’autre. Nous devons maintenant renoncer à toucher, à serrer les mains, à embrasser, à enlacer…
Nous sommes touchés au plus profond de nos sentiments, de l’expression de notre amitié ou de notre amour pour l’autre.

Comment exprimer notre affection pour l’autre dans ces conditions ?
Quelle contrainte profondément troublante ! Nous sommes appelés à nous isoler, à nous retrancher dans nos maisons et dans nos appartements, nous devons éviter l’autre et le tenir à distance. Voilà bien une épreuve pour le chrétien, pour l’humain ! Je pense à ces familles au sein desquels il faut renoncer aux embrassades, aux caresses pour son enfant, son conjoint ou son parent. Je pense à ces personnes seules qui doivent renoncer aux contacts sociaux, qui doivent résister maintenant aux interactions sociales qui faisaient leur quotidien. Cet isolement volontaire, retranchés que nous devons être derrière nos clôtures, derrière nos masques, nos gants, nous coûte car il nous force à l’égoïsme, mais aussi car il nous fait souffrir. Cette affection que nous donnons quotidiennement est aussi un plaisir pour nous. Nous donnons l’amour par l’embrassade car elle remplit notre besoin de don mais aussi notre satisfaction personnelle. C’est la quintessence de cet amour partagé avec l’autre, avec notre prochain.

Je pense à ces soignants qui porte le masque pendant de longues heures de service dévoué aux malades, et qui en garde les stigmates et les marques sur leurs visages tuméfiés après leur service. Nous avons tous vu avec douleur le personnel médical épuisé, mais il y a aussi ces personnels qui restent au poste dans les magasins d’alimentation, ces employés communaux qui tiennent nos villes propres et sécurisées, ces facteurs et livreurs qui maintiennent le lien social par le courrier entre nous. Tous ces héros discrets, agriculteurs, éleveurs, maraichers, qui assurent que nous ne mourrions pas de faim dans ces temps perturbés. Ils mettent eux aussi les gestes barrière en œuvre, et ils travaillent pour nous ! Ils compensent l’égoïsme de ces frontières par un service courageux et régulier.

Et moi ? Moi, je me morfonds chez moi, je m’enferme dans l’égoïsme de mon éloignement, je préserve ma santé alors que les autres travaillent pour moi, et je souffre de ne pouvoir satisfaire mon besoin de toucher pour exprimer mon empathie. Alors comment exprimer mon amour ? C’est précisément là que le paradoxe intervient. Pour aimer l’autre, il me faut m’en distancer, car c’est la seule chose que je puisse faire. Pour aimer l’autre, pour le préserver, pour l’aider, je dois ne rien faire d’autre que m’isoler. Je dois accepter de remettre en cause mon sentiment primaire, la vérification par le toucher qu’il est toujours mon prochain et que je l’aime. Je remets en cause aussi le gage social que je donne lorsque je manifeste physiquement mon attention à l’autre par le contact physique. Je m’exclus du jeu social, car se retrancher semble synonyme de repli sur soi.

Jésus lui-même guérissait avec sa présence, avec ses mains, par le toucher, lors de son ministère sur terre. Nous nous rapprochons de lui lorsque nous prenons dans nos bras, lorsque nous exprimons

notre affection par des gestes amicaux. Quel terrible épreuve que ce virus, qui nous retire la profondeur de notre geste envers l’autre.

En cette Semaine Sainte, nous allons nous rappeler que Jésus nous a été enlevé physiquement. Nous pensons au chagrin de sa mère qui ne le tiendra plus dans ses bras, au désarroi des apôtres, des disciples, des croyants qui ne pourront plus le toucher et partager avec lui l’amour de Dieu. Nous touchons du doigt ce qu’ils ont souffert lorsque Jésus leur a été enlevé, nous l’expérimentons jour après jour avec notre prochain, celui que nous ne devons plus toucher. Nous nous lamentons et en souffrons. Vivement que cette nuit prenne fin et que nous puissions enfin toucher et célébrer avec l’autre la fin de cette épreuve !

Quel est d’ailleurs le sens de cette épreuve ? Devons-nous toucher pour aimer ?

Peut-être pas…dans l’inutilité de nos confinements, n’aimons-nous pas plus encore ? Ne donnons-nous pas le meilleur de nous-mêmes en renonçant au plaisir social et physique de manifester notre affection physiquement ? Car nous nous protégeons, mais nous protégeons aussi cet autre. En nous éloignant de lui, nous le préservons, nous lui ménageons des chances supplémentaires d’échapper à la maladie. L’amour passe aussi par la distance, par l’éloignement, par la frontière. C’est peut-être là aussi le sens de cette épreuve que Dieu nous envoie. Remettre en cause nos convictions, notre expression de l’amour. Lorsque Christ ressuscite, l’amour et la foi ne passe plus par le toucher. Au contraire ! Thomas, dans l’évangile de Jean, ne peut croire que Jésus est ressuscité s’il ne touche pas ses plaies. Christ l’invite ainsi en Jean 20, 27 : « Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! ». Thomas croit car il touche, Thomas consent à aimer le Christ car il satisfait sa curiosité et son besoin de preuve, mais Thomas a-t-il la foi ?

Nous croyons aimer correctement notre prochain lorsque nous le touchons, lorsque nous abolissons la barrière physique avec lui. Mais ne l’aimons-nous pas encore mieux dans notre confinement ? Ce confinement contraignant, frustrant et douloureux ?

Christ nous dit ceci en répondant à Thomas en Jean, 20, 29 : « Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ».

Rappelons-nous que nous ne pourrons plus aimer Jésus en le touchant, mais que notre foi en Christ ressuscité n’en a pas besoin. Cette épreuve du confinement n’est-elle pas un bel exercice d’amour de notre prochain ? Devons-nous toucher pour avoir la foi ? Devons-nous embrasser pour aimer ?

Dans ces circonstances si spéciales, mettons nos masques avec plaisir et réjouissons-nous de l’amour que nous donnons dans la distance et la barrière, car nous célébrons ainsi notre foi en Dieu et notre amour pour le Christ Ressuscité en cette Pâques 2020 !


Lélia Martinescu
lelia.martinescu@erk-bs.ch
Autor
Céline Hauck

061 270 96 66
aktualisiert mit kirchenweb.ch
Besuche: 43 Monat - Bereitgestellt: 06.05.2020